« Mère Adret », une vie au service de la danse

Nouvelles de la Danse

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Françoise Adret est décédée le 1er avril dernier, à l’âge de 97 ans. Danseuse et chorégraphe, mais surtout très grande directrice de compagnies, elle nous fait retracer presque un siècle de danse française.

Françoise Adret, c’était une vigie. De celle qui regarde l’art de la danse en train de se faire, et qui y participe, en lui donnant de son talent et de sa personne, jusqu’à plus de 80 ans. S’imagine-t-on que la petite Françoise Bonnet, née en 1920, aura connu les Ballets Russes de Diaghilev ? Elevée à Sèvres, par des parents bourgeois très ouverts, elle a la vocation à l’âge de 7 ans, à la terrasse d’un salon de thé de La Baule où se produisaient des musiciens. Elle prend des cours particuliers dans le salon de la maison, faisant même venir, le week-end, la fameuse Madame Rousanne (qui enseigna aussi à Roland Petit et Maurice Béjart). Françoise rejoint ensuite son célèbre cours du Studio Wacker à Paris. A 15 ans, victime d’une pleurésie, elle se guérit au versant ensoleillé des montagnes du Vercors. A l’adret. Ainsi s’appellera-t-elle désormais.

De petite taille, mais avec une grande technique, Adret séduit Lifar, qui crée pour elle, en 1948, le fameux Pas d’Acier. Le même soir, elle donnait ses premières chorégraphies. Et s’occupe de sa fille qu’elle a eue à l’âge de 21 ans.

Elle allait commencer une surprenante carrière internationale, dirigeant des compagnies comme le Nederlandsche Opera (1951-1959) , créant le Ballet de Nice (1960-1963), de Panama, chorégraphiant pour Johannesburg, Londres, Varsovie, Zagreb…. A l’époque, ses amies s’étonnent d’autant d’audace pour une femme…. Mais ses trois faits d’armes seront surtout en France : en créant le Ballet Théâtre Contemporain à Amiens en 1968, (jusqu’en 1978) elle ouvre la porte à la décentralisation de la danse et à la politique de chorégraphes invités. En étant inspectrice de la danse au Ministère de la Culture (1978-1985), elle fait un inlassable tour de France des enseignements chorégraphiques, découvre des talents, leur trouve des subventions, met au point la politique des Centres Chorégraphiques Nationaux. En dirigeant le Ballet de l’Opéra de Lyon de 1980 à 1992, elle le met littéralement sur une orbite mondiale. Avec un coup de maître qu’est la commande faite à Maguy Marin de sa Cendrillon. « Spin doctor » des ballets en crise, elle n’hésite pas à diriger en intérim des compagnies en perdition (le Ballet du Nord, le Ballet de Lorraine…).

Sans chapelle, issue du classique et passionnée par les modernités, aimant ses danseurs, choyant des découvertes comme Gérard Lemaître ou Dominique Merçy, ceux-ci l’apprécient aussi, surnommant affectueusement « Mère Adret » cette femme étonnante, qui donnait ses cours avec une Gauloise au bec, et voyant loin, de ses fameuses lunettes de star aux verres fumées. « Il faut transpirer avec ses danseurs, si on veut les connaître, les comprendre et les servir ! Le soir, toujours, après ma prière, je fais mentalement ma barre pour préparer ma classe du lendemain. Ça peut toujours servir. A 86 ans, ce n’est pas demain que je vais cesser de danser ! », disait-elle en 2006… Gouailleuse mais affectueuse, exigeante mais aimante, « Mère Adret », était « un véritable personnage de théâtre » comme disait celui qu’elle avait découvert, un certain Hans van Manen, aujourd’hui octogénaire….

Ariane Dollfus

Citations issues de Françoise Adret, Soixante années de danse de Francis de Coninck, Editions du Centre National de la Danse.

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